Association des enfants de l'Abbé Garin

Les témoignages

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Archives de l’année 2025

Nom : Gateau Danielle | Posté le : 01/11/2025


Témoignage :

1968 : j’arrive à Mercury. Mes voisins me parlent du Centre Belle Etoile. Je rencontre l’Abbé Garin dans la cour du Centre. Il me propose une petite classe de remise à niveau. Je suis très inquiète et pourtant, c’est le début d’une incroyable expérience.
D’abord découvrir les enfants : l’Abbé Garin ne parle pas de leur passé : ce sont des enfants comme les autres. Au début, je vais les trouver râleurs, exigeants, compliqués et facilement bagarreurs. Le contact s’établit pourtant. Quand j’arrive avec mes enfants, 3 et 5 ans, ils sont contents de s’amuser avec des petits ! Comme une famille ! Colette Chastel me donne des super livres pour les dyslexies et autres difficultés d’apprentissage. Ils sont heureux de faire des progrès. Moi aussi, j’apprends beaucoup !!
En 1968, on parle de grippe asiatique ! L’Abbé Garin me répond, serein « on ne l’aura pas ici » !!! Il est conseillé par un ancien médecin militaire qui monte effectivement au Centre : le cross du matin, avant de manger, remet le corps en action AVANT la digestion ….d’où une meilleure santé ! C’est donc ça la raison du cross du matin ? Je ne demande pas la preuve scientifique mais c’est vrai que nous n’aurons pas la grippe au Centre ! De même, les théories pour le froid : plus on se protège et plus on devient fragile ! C’est vrai que les chambres, en Savoie, ne sont pas chauffées !
Finalement, les enfants du Centre ressemblent bien aux petits savoyards de l’époque qui courent les chemins pour aller à l’école, gardent les vaches, aident aux foins et aux ramassages … et connaissent une rude discipline. Comme eux, ils ont les skis en bois et les fixations à lanières …Par contre, pour la télévision et les séances de cinéma, le Centre est en avance ! Et au Certificat d’Etudes, ceux de Mercury sont souvent les meilleurs, preuve que tout est possible malgré les difficultés de l’Internat et l’absence, souvent, du soutien familial.
Le film « les Oubliés de la Belle Etoile » apparait alors comme une fiction racontée par quatre « acteurs ». Est-ce un documentaire ? « Les traces de ces années n’existent pas » dit la réalisatrice dans un journal … « on croit savoir que l’abbé a été condamné par la Justice …mais je n’en ai pas trouvé la trace » Alors, Vrai ou Faux ??? Peut-on raconter n’importe quoi sur quelqu’un disparu depuis 50 ans ??
C’est un coup de tonnerre pour les habitants de Mercury, pour la famille, mais surtout pour les anciens pensionnaires. Pour écrire leurs témoignages, Ils ont choisi le nom de leur Association
« Les enfants de l’Abbé Garin »

Nom : GARIN François | Posté le : 31/10/2025


Témoignage :

Je viens d'achever la lecture des "Mauvaises herbes" , le livre de J.P. STUMP, où il raconte ses mémoires et ses déboires d'enfant de l'Assistance, sans famille, maltraité dans les différentes familles d'accueil auxquelles il fut confié. Sa rébellion le conduisit en maison de correction, chez l'abbé GARIN, où il séjourna à 2 reprises, entre 1955 et 1957.

Ayant moi-même été pensionnaire au Centre BE, après le décès prématuré de mon père, de 1951 à 1956, âgé de 6 à 11 ans, je tiens à témoigner de l'authenticité de son récit:
La cohabitation difficile entre les pensionnaires, âgés de 6 à 17 ans, imposant aux plus faibles d'acheter la protection d'un "balaise".
La sévérité des traitements infligés par des chefs parfois trop zélés, mais aussi le dévouement et la bienveillance de certains, comme l'institutrice Françoise, aimée de tous.
Elle s'appelait Françoise Blampay, je l'ai retrouvée plus tard, alors âgé de 18 ans, je lui rendais visite à son domicile à Annecy.
L'obsession de la nourriture jugée insuffisante: l'économe M. Souchon dit "Radin-Souche".
Les bons moments passés au camp d'été à Tamié et le terrain de jeu exceptionnel du Fort de Tamié.
Plus tard, il appréciera le soutien sans faille de l'abbé Garin, qui l'engagera comme moniteur, découvrant derrière l'homme dur, taiseux et bourru, sa fidélité et son engagement inconditionnel à l'égard de ses protégés.

Nom : Clemençon Renée | Posté le : 29/10/2025


Témoignage :

De septembre 1959 à juillet 1970 j'ai été institutrice au Centre Belle Etoile dirigé par l'abbé Albert Garin à Mercury .

Logée et nourrie au centre , je partageais au plus près la vie des enfants , en classe bien sûr mais aussi pendant les activités extra scolaires : promenades par tous les temps , jeux dans la nature , études avec aide aux devoirs, courrier aux parents , théâtre ,vaisselle après les repas, douches .
Ces tâches se faisaient avec les enfants , elles nous permettaient un contact différent et amélioraient beaucoup l'ambiance en classe .

Les enfants étaient placés jusqu'à 14 ans .En classe on suivait le programme de l'éducation nationale, le but était de les amener jusqu'au certificat d'études .Après des parcours scolaires souvent chaotiques le Centre offrait aux enfants un cadre stable , une discipline stricte pour combler leurs lacunes en classe et vivre en communauté .
Réussir le " certif " était une fierté. Beaucoup ont été fiers.

La discipline était stricte mais semblable à celle du lycée que j'avais fréquenté .Elle nous permettait de faire correctement notre travail .Au réfectoire j'ai partagé pendant 11 ans les mêmes repas . Je n'ai pas souffert de la faim .Je faisais partie d'une famille dont l'abbé Albert Garin était le père .Pas un papa poule , non , juste un père .

Mon vécu ne correspond pas du tout à ce qui est raconté sur internet , dit dans le film" les Oubliés de la BelleEtoile" , publié dans le journal .Il y a des affirmations grotesques , impossibles , proférées par une vingtaine de personnes.
Pendant mon séjour au centre j'ai eu environ 300 élèves en charge , j'en revois encore quelques uns cinquante ans plus tard .Bien sûr j'ai oublié leurs noms mais pas la vie passée ensemble . Mon témoignage est pour vous mes anciens élèves .