Témoignage de: Témoignage de Pascal Guynet du 20 mars 2026
Posté le : 22/03/2026
J’ai été propriétaire de ce lieu pendant 39 ans, dans les anciens bâtiments de la Belle Étoile à Tamié, où j’ai moi-même été pensionnaire durant un an et demi. Au fil des années, j’ai recueilli de nombreux témoignages d’anciens élèves. Même si certains reportages ont présenté cet établissement comme un système en marge des institutions, je tiens à rappeler qu’il a surtout permis d’accueillir et d’aider de nombreux orphelins et enfants en difficulté, à une époque où peu de solutions existaient.
Je garde le souvenir, partagé par beaucoup, d’une discipline stricte, avec des conditions parfois rudes : marches soutenues par tous les temps, nourriture simple, punitions qui peuvent aujourd’hui surprendre. Mais tout cela était souvent de courte durée et faisait partie d’un cadre éducatif qui cherchait à nous structurer.
Avec le recul, je constate que beaucoup d’entre nous en ont aussi retiré du positif. Nous étions à environ 1000 mètres d’altitude, en Savoie, sur la commune de Plancherine, et nous faisions régulièrement des randonnées, notamment vers la Belle Étoile ou le Haut du Four. Nous avions aussi un fil neige, ce qui nous permettait de pratiquer le ski. Tout cela a donné à beaucoup le goût de l’effort et du sport : certains se sont tournés vers le cyclisme, le marathon ou l’athlétisme.
Pour ma part, j’y ai aussi développé une véritable passion pour les antiquités et la restauration de meubles anciens, à laquelle je me suis consacré intensément, presque sept jours sur sept.
Enfin, sur l’ensemble des témoignages que j’ai recueillis durant toutes ces années, je tiens à préciser que je n’ai jamais entendu d’anciens pensionnaires évoquer d’abus sexuels.
Malgré les difficultés, je retiens que ce lieu nous a apporté des repères, une bonne éducation scolaire et une formation professionnelle. La plupart d’entre nous ont obtenu leur certificat d’études. Pour beaucoup, y compris moi, cela a été une période exigeante, mais aussi une véritable chance de se construire et d’avancer dans la vie.
Témoignage de: Témoignage de Danielle Gateau
Posté le : 04/03/2026
Danielle Gateau Institutrice (1968 au Centre de Mercury puis au C E T)
1968 : une simple visite au Centre Belle Etoile dont le portail est toujours ouvert et je rencontre
l’Abbé Garin dans la cour. Oui, il y a des enfants qui suivent difficilement en classe et il envisage un
petit groupe. Il n’y a plus de locaux disponibles mais il peut aménager la salle de spectacle avec une
dizaine de tables. Je ne suis pas sûre du tout d’être à la hauteur mais je veux bien essayer.
Je vais rencontrer Madame Chastel, directrice, qui me donne des conseils sur les méthodes à
adopter, ce sont des méthodes très nouvelles et qui permettent d’individualiser le travail.
Il me reste à découvrir les enfants. Je ne me pose même pas la question de savoir pourquoi ils sont
là. Pour moi, c’est un internat comme j’en ai connu. Soixante ans après, je ne sais plus vraiment ce
que nous avons fait en classe mais le contact s’est établi, avec de bons moments : partir en balades
pour apprendre à faire des photos , préparer une tarte chez moi, jouer avec mes enfants… A la fin de
l’année, j’ai eu un très beau cadeau : un magnifique tableau de pyrogravure sur bois fait par Manuel,
avec des paysages de montagne…Je l’ai toujours !
Je les ai vus grandir et je les ai revus plus tard plusieurs fois, chez moi …ou à Albertville en faisant les
courses. C’est comme ça qu’ André Bovagnet m’a invitée à une réunion des anciens à Tamié en
2005 …je crois !
Hacen était très content de remplir nos assiettes avec un bon couscous. Autour de la table, tous se
rappelaient les fameuses journées au Fort de Tamié, les bêtises aussi, ce que l’Abbé Garin n’avait pas
su, le chien dans la machine à laver, le moniteur qui n’arrivait pas à grimper à la Belle Etoile… alors
que pour eux, c’était « de la rigolade »…
Ils ont raconté aussi leurs vies d’adultes, les difficultés en sortant du Centre, les moments de
solitude, le travail, les enfants… Cette réunion était une très bonne initiative car tout le monde
appréciait d’être là, ensemble, comme une famille. Ils ont donc décidé de créer une association et de
rechercher d’autres anciens. A ce repas, je n’ai entendu aucune évocation de sévices et l’idée de se
réunir n’était sûrement pas pour se plaindre du Centre, mais pour « aider » les copains !
Je ne sais plus quand j’ai donné mes photos et films. Recueillir des souvenirs de jeunesse paraissait
une priorité et un moyen de partage. En 2019, un ancien est arrivé chez moi…avec une plante verte
en cadeau ! : il avait les photos sur son téléphone et voulait retrouver la route où nous les avions
faites! D’où l’importance des souvenirs, des repères…
Vingt ans plus tard, le film « les Oubliés de la Belle Etoile » m’apparait comme une fiction. Je suis
sidérée ! Je retrouve dans le film de Madame Davigo mon petit film « double huit » de l’époque, que
beaucoup connaissent… Un gros plan sur les visages avec des commentaires stupéfiants : les yeux
cernés par le manque de sommeil, par les pleurs et les coups !!! ça, je suis sûre que c’est faux !!!
Pourquoi piétiner tous les bons souvenirs ?? Nous cherchons l’explication….Té
Témoignage de: Nous étions des "ANGES"
Posté le : 04/03/2026
Mercury : je me souviens très bien de la mise à feu du grand sapin du petit bois, il était plein de résine, c'était très tentant. Il a fini en une immense torche...
Bien sûr, d'après nous, cela ne pouvait être que les enfants du village les responsables....mais nous avions les mains pleines de résine, on ne nous a pas crû...les pompiers sont venus éteindre l'incendie.
Tamié : avec notre imagination débordante, nous nous sommes attaqués aux pierres de la muraille du Fort de Tamié. Nous avons décelés de très gros blocs, nous les avons fait débaroulés dans le vide, ils tombaient avec une violence inouïe dans la forêt, arrachant des arbres, et parfois, rebondissaient dans les champs ou les paysans faisaient les foins, ils hurlaient, terrorisés.
Mercury : nous apportait notre pécule : l'Eglise et son tronc nous fournissait de quoi acheter des élastiques pour nos lance-pierres, les malabars, les chocolats... Les lance-pierres nous servaient à casser les tasses qui tenaient les fils électriques, on les éclatait régulièrement, nous étions très habiles,EDF était content.
Mercury : les fameuses fléchettes, d'où venaient-elles ? Je me souviens de cette fameuse cible qu'était le dos de "Joseph" il a reçu nos belles fléchettes bien aiguisées, de là, est venu pour les deux premiers derrière lui, les punaises sous les doigts, mais nous n'avons dénoncé personne, victoire.
Mercury : Moins drôle, le coup de couteau dans les fesses de Jean-Michel B, de la part d'Alain B, le couteau a servi aussi dans les côtes d'une pauvre vache d'un paysan.
Il y avait des têtes brûlées, des gamins incontrôlables, des bagarres régulièrement pour pas grand chose, certains ne savaient pas se moucher, se laver les mains, attacher leurs lacets et l'école était une catastrophe.
Nous avions un camion qui passait pour le pain, nous l'avons visité régulièrement...
Nous ramassions les pommes pourries, pas pour les manger, mais pour faire une bonne bataille, on en prenait plein la poire.
Tamié : les couleuvres au fond du lit, un hurlement au coucher nous valait 30 minutes de promenade pour nous calmer, nous étions quand même une cinquantaine dans le dortoir.
les parties de foot avec les poireaux dans les jardins de Mercury (on n'aimait pas les poireaux) les habitants de la commune nous guettaient, ils nous aimaient beaucoup !!!
Tamié : les pierres bien plates atterrissaient sur le front d'un ennemi pour une histoire de chocolat !!!
Il y en a bien d'autres, mais ce sera pour une prochaine fois.
L'Abbé Garin réglait les dégâts, il ne faisait pas souvent de réflexion, il savait aussi que nous étions des anges