Les témoignages
Archives de l’année 2026
Témoignage de: Clémençon
Posté le : 15/02/2026
Renee Clemençon
73250 Fréterive
De septembre 1959 à juillet 1970 j’ai été institutrice dans l’association Belle Etoile , dirigée par l’abbé Albert Garin à Mercury .
J’ai continué à exercer mon métier jusqu’en 1998 dans la même association avec une nouvelle direction et de nouveaux moyens financiers .
Ces dernières années j’ai entendu parler de blogs sur internet , je ne les ai pas lus.
J’ai su qu’un film avait été tourné avec des « témoignages » qui ne correspondent pas à mon vécu .Je n’ai pas vu le film .
J’ai lu des articles dans le journal avec des affirmations grotesques :
« Les pisseux dormaient à la cave » - il n’y avait ps de cave ni à Mercury , ni à Tamié .Les énurétiques allaient rincer leur drap dans la buanderie et l’accrocher dans un séchoir électrique .
« Je mangeai la nuit dans la gamelle du chien » - Les chiens n’avaient pas de gamelle , ils étaient nourris par la cuisinière avec des restes . La cuisine était fermée la nuit .
Voilà pourquoi je veux apporter mon témoignage sur cette période vieille de 50 ans d’autant plus qu’il m’a jamais été question de l’enseignement reçu dans cette institution .
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Les enfants étaient placés par des assistantes sociales et par l’aide à l’enfance . Les plus jeunes avaient 6 ans . Ils restaient jusqu’à 14 ans , la fin de l’école obligatoire . Après l’obtention du certificat d’études la plupart retournait chez eux .Quelques uns étaient placés en apprentissage chez des artisans ou dans un centre à Voglans .
C’était un internat avec 4 classes , des dortoirs ,des réfectoires , une cuisine une lingerie , un cabinet dentaire, des douches ,une buanderie , une salle de spectacle et des chambres pour le personnel qui travaillait , mangeait et dormait sur place .
Tout le monde travaillait beaucoup , 1 jour de congé par semaine et un mois ou 3 semaines l’été . En 1966 la convention collective nationale de travail des établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées est entrée en vigueur . L’équipe enseignante était stable durant ces 11 ans mais il y avait du turn over parmi les moniteurs .( on ne les appelait pas encore éducateurs )
La directrice de la DASS de Chambéry venait inspecter chaque année .
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Après le baccalauréat j’ai été embauchée comme institutrice ( c’était possible à l’époque ) par l’abbé Garin .Assez vite j’ai senti le besoin de me perfectionner. En candidate libre j’ai décroché le certificat d’aptitude pédagogique . J’avais une classe de CM1 ou CM2 , suivant les années .
Je suivais le programme de l’éducation nationale dans toutes les matières obligatoires y compris les activités artistiques . Dessin , peinture ,collage , une fois par semaine . Musique et chant avec l’aide de la radio scolaire une fois par semaine .Chaque année nous présentions au moins 2 pièces de théâtre au moment de Noël .L’une en rapport avec Noël , l’autre plus divertissante .Je me souviens encore de quelques uns :
Plouf , le petit fantôme de Maria Clara Machado
Les gaietés de l’escadron de Courteline
Le procès de Jeanne d’arc dans l’Alouette de Jean Anouilh.
Des ombres chinoises sur la 6ème de Beethoven
Pas facile à l’époque , un seul texte , pas de photocopieuse .Mais quelle ambiance dans la classe , tous participaient . Les uns jouaient , d’autres les aidaient à apprendre le texte ou faisaient les costumes et les décors .
A chaque fin de trimestre des contrôles obligatoires avec une note moyenne pour chaque élève , présentés à la direction .On faisait même des oraux dans la classe des collègues .Classement important à Noël pour les élèves car il déterminait l’accès aux cadeaux .?Le premier avait le plus gros choix .
Le travail scolaire n’était pas le seul qu’il fallait exécuter. A cause du manque de moniteurs , les enseignants participaient à d’autres tâches selon un planning établi par l’éducatrice en chef en début d’année.Nettoyage de la cour, vaisselle après le repas , surveillance du réfectoire , douches ,études pour faire les devoirs ou le courrier destiné aux parents ,promenades par tous les temps le jeudi et le dimanche et certaines années un cross d’une vingtaine de minutes avant le petit déjeuner .
Ces tâches se faisaient avec les enfants , elles nous permettaient d’avoir un contact différent et amélioraient beaucoup l’ambiance de la classe .
Monter à pied au fort de Tamié à 13h ,jouer tout l’après midi aux gendarmes et aux voleurs , redescendre à pied pour le souper .La classe le lendemain ne posait aucun problème .
On travaillait ensemble
On mangeait ensemble
On s’amusait ensemble
On logeait dans le même bâtiment ou dans une annexe
On vivait ensemble .
Certes, peu de temps libre mais je n’allais jamais en classe avec la boule au ventre.Ce qui est arrivé dans les années 90 .